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    90e anniversaire de la reine Elizabeth II

    A l’occasion des célébrations du 90e anniversaire de la reine Elizabeth II au Royaume-Uni, nous consacrons le neuvième numéro de notre magazine SECRETS D’HISTOIRE à la reine Victoria.

    « Le vrai chef-d’œuvre, c’est de durer », disait le chancelier autrichien Metternich. Telle est aussi la force des reines d’Angleterre dont la longévité devient proverbiale et exemplaire. À la veille des célébrations du 90e anniversaire de la reine Élisabeth II au Royaume-Uni, comment ne pas se plonger dans le destin de son auguste aïeule la reine Victoria, son modèle absolu dont elle a, depuis septembre dernier, battu le record de longévité sur le trône de Guillaume le Conquérant, avec 64 ans de règne ? Le biographe de la reine Victoria, l’écrivain Lytton Strachey (1880-1932), assurait que l’aura de sa souveraine n’était pas tant dans le prestige de la Couronne que dans sa personne même, « pivot autour duquel tournait toute la machine magnifique ». Selon lui, la force de Victoria était d’être vieille : « Un grand âge est, en Angleterre, une condition presque indispensable de popularité. La reine avait fait preuve d’une des plus admirées parmi les qualités de sa race : une vitalité persistante. » Et il soulignait qu’à l’instant de sa mort, en janvier 1901, « l’immense majorité de ses sujets ne se souvenait pas d’un temps où la reine Victoria n’avait pas régné sur eux. Elle rentrait pour eux dans l’ordre normal de l’univers. »

    De fait, reine de Grande-Bretagne et d’Irlande, impératrice des Indes, Victoria a laissé un souvenir unique. Ses descendants, la reine Élisabeth II, les princes Charles et William, futurs rois, assument pleinement l’héritage de celle qui demeure l’un des plus grands monarques de l’histoire européenne. Tout dans le destin de Victoria est romanesque, sa naissance loin du trône dévolu à ses oncles, son avènement à l’âge de 18 ans, son mariage avec son cousin, le prince Albert de Saxe-Cobourg, dont elle est éperdument amoureuse et qui lui donnera neuf enfants, mais dont la mort prématurée la laissera veuve inconsolable qui ne quittera plus le noir…

    Telle est l’image que la postérité garde de la reine Victoria : une souveraine vénérable, imposante mater familias orchestrant dans l’ombre les mariages politiques et dynastiques de sa descendance – ce qui lui vaudra le surnom de Grand-mère de l’Europe –, et incarnation d’une monarchie respectée, sorte de parangon d’une morale bourgeoise qu’on a dit victorienne. Cette imagerie populaire, qui a largement contribué à renforcer l’institution royale au fur et à mesure que son in uence politique diminuait, passe sous silence la réelle personnalité de Victoria, celle d’une jeune femme passionnée, sensuelle, aimant les plaisirs de la vie, coquette raffolant des toilettes et des bijoux, séductrice sachant charmer « ses » hommes, à commencer par ses Premiers ministres Lord Melbourne et Disraeli, sans parler du prince Albert, son grand amour à qui elle ne céda pourtant jamais une once de son pouvoir, ou en n de l’Écossais John Brown et de son dèle serviteur indien Abdul Karim. Derrière la fresque un peu austère d’une reine Victoria au faîte de sa gloire, régnant sur un empire riche et puissant, se cache une femme plus secrète que nous vous proposons de découvrir. Comprendre la psychologie de la reine Victoria, c’est aussi lever un coin du voile du mystère qui entoure son illustre descendante, Élisabeth II…

    Stéphane Bern